Bosquet d'argile verte, poterie artisanale, paysage provençal
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Contes & Légendes de Provence — Saison 1

La Fée de l'Argelière

📚 ~10 min de lecture👨‍👩‍👧‍👦 8+ ans🧚‍♀️ Provence • Été • Argile🏺 Ressources • Durabilité

La pierre bouge sous le pied de Marc.

Léna voit tout—le calcaire qui bascule, ses bras qui tournent—avant de crier. Il dévale l'éboulis, et le craquement quand son genou heurte l'arête lui retourne l'estomac.

« Marc ! »

Il ne pleure pas. C'est pire. Il reste assis de travers, agrippant sa jambe, visage blanc. Le sang monte sombre contre la roche pâle.

Léna dévale, mains raclant la pierre. La coupure traverse profond son genou, terre dans la plaie, bords irréguliers. Le sang trempe ses doigts.

« Ça va. » Sa voix tremble. « Ça va, je— »

« Montre-moi. »

Il retire sa main. Le sang coule plus vite. La gorge de Léna se serre. C'est grave.

Le village—vingt minutes. Trop loin. Marc pâlit, sa respiration courte.

Mais il y a quelque chose de plus proche.

Entendu au marché : *L'argile verte de l'Argelière guérit tout.* Une vieille avait ri, appelé ça un conte. L'autre non.

Léna sait que le bosquet existe. Personne ne dit où.

« On y va », dit-elle.

Les yeux de Marc s'écarquillent. « Mais c'est interdit— »

« Je sais. »

Elle glisse son épaule sous son bras, le hisse debout. Il gémit quand le poids se déplace sur la jambe blessée. Léna sent la chaleur qui irradie de lui, le tremblement dans son corps.

Nord-ouest. Vers les chênes. Là où les sources courent sous la pierre.

Le sentier descend raide, ombragé. Léna traîne Marc à moitié, son poids tirant sur son épaule. Tous les quelques pas il trébuche, halète. Le sang goutte sur les feuilles sèches, taches sombres qu'elle essaie de ne pas compter.

« Où— » commence-t-il.

« Marche. »

Elle écoute l'eau. Suit le son comme un fil à travers les arbres. Chênes-verts, troncs épais et noueux, canopée dense. La lumière passe du clair au tacheté au sombre. L'air frais monte du ravin devant.

La jambe de Marc cède. Léna le rattrape, ses bras brûlants.

« Presque là. »

« Comment tu sais ? »

Elle ne sait pas. Mais le bruit d'eau est plus fort maintenant, un ruissellement régulier résonnant sur la pierre. Et elle se souvient—*près du vieux chêne, là où la source suinte*—fragments d'une conversation qu'elle n'était pas censée entendre.

Ils poussent à travers les branches basses. Le ravin s'ouvre.

Et c'est là.

Une clairière, petite et ronde, cernée de troncs de chêne comme des piliers. Des bassins peu profonds parsèment le sol, remplis de quelque chose de vert pâle et lisse. L'eau suinte d'une paroi calcaire, lente et constante, s'étalant dans d'étroits canaux que quelqu'un a creusés dans la terre.

L'air sent la pluie sur pierre, minéral et frais. La lumière tachetée glisse sur les lits d'argile, et tout est silencieux sauf la voix tranquille de l'eau.

Léna aide Marc à s'asseoir. Il s'affale contre un tronc, jambe tendue, respirant fort. Le sang a ralenti mais la plaie béante, terre croûtée sur les bords.

Elle s'agenouille près du bassin le plus proche. L'argile est fraîche sous ses doigts, lisse-glissante quand elle la ramasse. Elle tient ensemble, dense et lourde, vert pâle comme des feuilles neuves dans l'ombre.

Marc regarde, yeux mi-clos. « C'est ça ? »

« Oui. »

Elle se lève, argile dégoulinant entre ses doigts—

« Qui t'a donné la permission ? »

La voix est calme. Ferme.

Léna pivote. Une femme se tient au bord de la clairière, à moitié cachée par un tronc de chêne. Vieille, tannée par le soleil, son visage creusé profond. Elle porte un tablier délavé, argile étalée sur le tissu. Ses mains pendent libres sur ses côtés, mais son regard est aiguisé.

La gorge de Léna s'assèche. « Je— »

« C'est interdit ici. » La femme avance. Pas vite, mais il y a du poids dans le mouvement. De l'autorité.

« Je sais. » La voix de Léna craque. « Mais mon frère—regarde. »

Elle fait un geste. Marc lève la tête, montre le genou. Sang, terre, peau déchirée. L'expression de la femme ne change pas, mais quelque chose bouge derrière ses yeux. Elle traverse la clairière en quatre enjambées, s'agenouille près de Marc sans le toucher.

Étudie la plaie. Le garçon. Son visage pâle, sa respiration prudente.

« Tu as mal ? » lui demande-t-elle.

Marc hoche la tête.

« Beaucoup ? »

Un autre hochement.

La femme se rassoit sur ses talons. Regarde Léna. « Si je te donne l'argile, tu sauras pourquoi elle guérit ? »

Léna hésite. Veut mentir, dire oui. Mais le regard de la femme est trop stable.

« Non. »

« Alors tu apprendras. » La femme se lève. « Sinon, tu abîmeras plus que tu ne soignes. »

Elle marche vers les lits d'argile, fait signe à Léna de suivre.

« Regarde. » La femme s'accroupit près d'un bassin, passe sa main sur la surface. « L'argile se forme lentement. Très lentement. La roche— » elle tape la paroi calcaire d'où émerge la source, « —se dissout dans l'eau. Les minéraux restent. Ça prend des siècles. »

Léna s'agenouille à côté d'elle. L'argile brille humide, vert-gris dans la lumière tachetée.

« Pourquoi verte ? »

« Les minéraux. Fer, magnésium. Ils donnent la couleur. » La femme presse sa paume à plat dans l'argile, la soulève. L'empreinte reste, parfaite. « Et les propriétés. »

Elle ramasse une poignée, serre. L'eau perle mais ne coule pas. Elle ouvre sa paume, ajoute une seule goutte de la source. L'argile la boit instantanément.

« L'argile boit l'impureté. Elle refroidit. Elle protège. » Elle regarde Léna. « Pas de magie. Juste... patience. Attention. »

Léna regarde l'argile briller. « On peut en prendre ? »

« Combien ? »

« Pour le genou de Marc. »

La femme penche la tête. « Seulement ça ? »

« Oui. »

« Alors regarde bien. Je ne le ferai qu'une fois. »

Elle se déplace vers un autre bassin, un où l'argile est plus fine, plus humide. Écume la surface avec ses doigts, ne creuse jamais. Rassemble une paumée, pas plus.

« Jamais plus profond. Jamais à la source. » Elle montre les canaux d'eau, les sillons soigneux dirigeant le flux. « Si tu creuses trop, l'eau change de chemin. L'argile ne se reforme plus. »

Léna voit maintenant. Les canaux ne sont pas aléatoires. Ils étalent l'eau uniformément, nourrissant chaque bassin juste assez.

« Combien de personnes savent ? »

La bouche de la femme se serre. « Trop peu. Et si j'en dis plus, trop de monde viendrait. »

Elle se lève, argile bercée dans une main, retourne vers Marc. S'agenouille près de sa jambe.

« Ça va faire froid », lui dit-elle.

Il hoche la tête.

Elle cueille de l'eau de source dans sa main libre, la laisse couler sur la plaie. Marc siffle, jointures blanches contre la racine de chêne. L'eau coule rose, lavant terre et sang. La femme travaille méthodiquement, patiente, jusqu'à ce que l'entaille coule propre.

Puis l'argile.

Marc halète quand elle touche la peau—un choc froid brutal—mais il ne se retire pas. La femme la tasse soigneusement, couvrant la plaie bord à bord, lissant avec ses doigts. L'argile verte s'assombrit où le sang suinte à travers, puis s'immobilise.

De sa poche de tablier elle tire une bande de lin, l'attache serré autour de son genou. Ses mains sont marquées, stables. Des décennies de ça, pense Léna. Soigner. Protéger.

« Reste assis dix minutes. Laisse l'argile travailler. »

Marc hoche la tête, hébété. La douleur est déjà moindre—Léna peut le voir dans le relâchement de ses épaules, la façon dont sa respiration s'égalise.

La femme se rassoit, les regarde tous deux. « Vous comprenez maintenant ? Pourquoi c'est protégé ? »

Léna regarde les bassins, les canaux, le suintement lent de l'eau. « Si cent personnes venaient... »

« En un mois, il ne resterait rien. Mais si tu sais comment prendre— » elle touche l'argile à la surface du bassin, à peine une écume, « —l'Argelière donne toujours. »

Marc bouge. « Et si on prenait trop par accident ? »

La femme croise son regard. « Le printemps s'arrêterait. L'argile sécherait. Et personne n'aurait rien. »

Simple. Pas de jugement. Juste conséquence.

« Prendre sans abîmer », dit la femme. « C'est tout. »

Dix minutes deviennent quinze. L'argile sur le genou de Marc a séché en vert-gris, craquelée légèrement sur les bords. La femme la vérifie, hoche la tête, l'aide à se lever. Il met du poids sur la jambe—grimace, mais tient debout.

« Ça va ? »

« Oui. Merci. »

Elle l'étudie un moment, puis Léna. Une décision prise derrière ces yeux aiguisés. De son tablier elle tire une petite bourse de cuir, aplatie. L'ouvre pour montrer l'argile séchée dedans, pâle et poudreuse.

« Pour chez vous. Mélange avec de l'eau. Blessures, brûlures, piqûres. Pas beaucoup—juste assez. » Elle ferme la bourse, la donne à Léna. « Mais ne dis jamais l'endroit. Seulement comment faire. »

Léna la prend. Le cuir est doux, usé. Lourd de plus que d'argile.

« Promis. »

La femme hoche la tête. Presque sourit. Puis son regard se déplace vers le village, quelque chose de distant dans son expression.

« Bientôt, tu entendras un tambourin qui ne chante plus. Pense à l'argile. » Elle tape la bourse. « Parfois, ce qui semble mort attend juste de l'eau. »

Léna ne comprend pas, mais elle range les mots avec l'argile.

Ils quittent le bosquet lentement. Marc boite mais marche, une main appuyée sur l'épaule de Léna. Le sentier vers le haut est plus dur que la descente, soleil perçant à travers la canopée en puits lumineux. La chaleur les frappe tandis qu'ils grimpent, la fraîcheur de l'Argelière s'estompant.

Aucun ne parle. Léna se retourne une fois, regardant en arrière, mais le ravin a avalé la clairière. Seulement des chênes, et de l'ombre, et le bruit faible d'eau qu'elle ne peut être sûre d'entendre.

Marc change son poids, testant la jambe. « Elle est vraiment une fée ? »

Léna pense aux mains de la femme, marquées et tachées d'argile. Les canaux soigneux. Les siècles qu'il a fallu pour faire ce vert.

« Non. Mais elle sait des choses qu'on a oubliées. »

« On va oublier aussi ? »

Les doigts de Léna se serrent sur la bourse dans sa poche. « Non. »

Ils atteignent le bord du village. Murs de pierre blanche, cuits chauds sous le soleil d'après-midi. Une fontaine ruisselle sur la place, et un chien somnole à l'ombre. Normal. Comme si rien ne s'était passé.

Mais Marc marche plus stable maintenant, l'argile travaillant. Et Léna porte un secret plus lourd que le cuir, plus lourd que la poudre.

Marc lui jette un regard. « On ne dira rien ? »

Elle hoche la tête. « Rien. Sauf comment faire. »

Il sourit, petit et fatigué. « D'accord. »

Ils se tournent vers la maison. La bourse repose tranquille contre la hanche de Léna. Quelque part derrière eux, caché dans chêne et pierre, l'Argelière continue de suinter.

Après lecture, entretenir une figurine en bois avec un chiffon doux et une goutte de cire d'olive. Le geste, comme celui de La Fée avec l'argile, réveille la matière sans l'abîmer.